Ingénierie des SI et des méthodes : Modélisation, Abstraction et Réutilisation

1.1. Ingénierie des méthodes 

1.1.1 Introduction

La complexité des SI ne cesse de croître et leur développement devient en conséquence de plus en plus difficile. Il est maintenant admis que la maîtrise de ces développements passe par l’emploi de méthodes d’ingénierie. De nombreuses méthodes existent sur le marché, mais de nouvelles demandes imposent des évolutions. En effet, les domaines dans lesquels on a recours à des SI sont de plus en plus divers et de plus en plus complexes (Rolland, 2005). Les méthodes doivent notamment s’adapter aux conditions de leur usage (Russo et al., 1995).

L’IM (Ingénierie de Méthodes) est devenue une discipline, celle de la conceptualisation, de la construction et de l’adaptation de méthodes qui répondent aux exigences particulières d’une situation d’entreprise ou de projet. La recherche en ingénierie de méthodes est structurée selon trois facettes complémentaires :

- La définition de méthodes d'ingénierie adaptées à de nouveaux types de systèmes d'information ou à de nouvelles technologies. Cela concerne la définition de méthodes spécifiques d’ingénierie dédiées au type de SI à développer (systèmes à base de services, systèmes flexibles et adaptatifs, systèmes mobiles, systèmes d'apprentissage, systèmes institutionnels, systèmes décisionnels, etc.).

- La proposition de techniques pour construire de nouvelles méthodes ou rendre des méthodes adaptables. Les ontologies sont utilisées pour représenter, sous la forme d’un ensemble structuré de termes et de concepts, les éléments d'un domaine de connaissances (Gruber, 1993). Elles permettent de constituer un modèle représentatif d’un ensemble de concepts dans un domaine, ainsi que les relations entre ces concepts. Les techniques de métamodélisation donnent les moyens pour décrire, formaliser, construire, instrumenter, évaluer, comparer, réutiliser et adapter les méthodes (Olle et al., 1991).

- Les travaux permettant des avancées significatives dans l'ingénierie des processus et dans l'étude du cycle de vie des méthodes d'ingénierie, leurs évolutions, durant un projet et leurs relations avec les méthodes de conduite de projets. Les processus sont les démarches à suivre pour atteindre la cible que constituent les produits (Rolland, 1997). Ils décrivent à un niveau abstrait et idéal, la façon d’organiser la production du produit : les étapes, les activités qu’elles comprennent, leur ordonnancement, et parfois les critères pour passer d’une étape à une autre.

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1.2. Ingénierie des organisations et des SI

1.2.1 Introduction

L'ingénierie des systèmes d'information s'est longtemps cantonnée à la modélisation du produit (objet) qu'est le système d’information sans se préoccuper des processus d'usage de ce système. Dans un environnement de plus en plus évolutif, la modélisation du fonctionnement du système d’information au sein de l'entreprise ou de toute organisation est primordiale. L'ingénierie des organisations et des systèmes d’information a pour finalité de renforcer la valeur d'usage du système d’information et de faire de celui-ci un atout pour l'organisation. La mise en cohérence de l'objet SI avec l'usage qui en sera fait par les acteurs de son environnement est une démarche visant à faire coïncider les aptitudes du système d’information (des services offerts) avec les processus ainsi qu’avec les missions et les visions de l'organisation.

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1.3. Ingénierie des exigences

1.3.1 Introduction

 L'ingénierie des exigences (IE) constitue une étape cruciale dans la construction de systèmes. Elle couvre différentes activités comme la collecte, l'analyse, la spécification, la vérification et la validation des exigences. Cependant, dans un monde où les systèmes sont de plus en plus complexes, leur taille croît, leur degré de criticité devient de plus en plus élevé, leur inter-connectivité est grandissante, ainsi la maîtrise de cette complexité constitue une difficulté majeure. Cela passe nécessairement par une gestion approfondie et efficace des exigences auxquelles ces systèmes sont censés répondre (Cheng et al., 2009a).

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1.4. Ingénierie des SI à base de services

1.4.1 Introduction

Face aux défis que constituent la globalisation et l’interconnexion des entreprises pour les échanges et les communications, les services occupent aujourd’hui une place prépondérante en leur sein. En effet, les organisations échangent des services, elles mettent à la disposition de leurs clients des services d’aide ou d’information, elles utilisent des services externes en sous-traitant ou en délocalisant certaines de leurs activités. Les services deviennent la clé des modèles d’activité des entreprises, des collaborations inter et intra entreprise et des processus de création de valeur. Aujourd’hui, pour la communauté de la science des services, six points forment le socle commun de toutes les formes de services (Chesbrough et al., 2006) : (i) une interaction client/fournisseur, (ii) la nature des connaissances échangées, (iii) la simultanéité de la production et de la consommation, (iv) la combinaison de connaissances, (v) l’échange de procédés et d’expériences et (vi) l’exploitation de TIC.

Ce socle commun peut prendre naturellement sens quand on parle de « services » dans le domaine des systèmes d’information (SI) à base de services. L’ingénierie de ces systèmes est guidée par une nouvelle vision dans laquelle le SI est un ensemble structuré et accessible de services hétérogènes que l’on peut composer et adapter pour répondre à des besoins complexes et particuliers. Cette vision procure de nombreux avantages en termes de maîtrise de la complexité et de flexibilité (Perepletchikov et al., 2008) en particulier. À ce niveau, les approches « classiques » que sont SOA (Erl, 2009) et les web-services (Papazoglou et al., 2003) sont insuffisantes.

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1.5. SI et Ingénierie Dirigée par les Modèles

1.5.1 Introduction

Face à la complexité croissante des SI et de leurs méthodes de conception, l’Ingénierie Dirigée par les Modèles (IDM, ou MDE en anglais pour Model Driven Engineering) apporte des réponses en faisant en sorte que les artefacts de la conception deviennent des éléments inhérents au système. L’enjeu principal est une plus grande productivité dans la conception des SI. Pour l’atteindre, les techniques de l’IDM doivent passer à l’échelle. Les outils de gestion de modèles proposés en IDM doivent gagner en maturité. La dichotomie entre les modèles et le code doit être effacée ou masquée afin de proposer des modèles interactifs vivants à l’exécution.

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1.6. Evaluation des SI

1.6.1 Introduction

L’évaluation des systèmes d’information (SI) est un domaine de recherches intenses qui est considéré comme un problème difficile ou épineux (Smithson et al., 1998). Comme les systèmes sont de plus en plus complexes et interconnectés, la nécessité d'un processus d'évaluation pour reconnaître la contribution réelle et la qualité d'un SI est croissante et a un impact direct sur l’utilisation et l’adoption du SI.  Différemment d’un processus d’audit où la préoccupation principale est la vérification de l’adéquation du système aux processus prédéfinis dans l’organisation comme une activité indépendante et réalisée hors le cycle de gestion du système (ISO9001, 2000), l’évaluation est réalisée de façon intégrée dans le processus de développement (pendant le processus et à la fin) avec le but de comprendre les réels résultats du processus et de leurs impacts et quelles peuvent être les meilleures alternatives pour l’amélioration des processus et de ses artefacts, comme un processus de « learning-by-doing ». L’évaluation est intéressée à vérifier continuellement si nous sommes en train de construire correctement les choses et des choses correctes (pour paraphraser Boehm (Boehm, 1981) – « doing the things right and the right things ») en permettant la correction pour mieux générer un système final.

Dans ce contexte, différentes questions de recherche ou pratiques se posent (Stockdale et al., 2006) : pourquoi faire l’évaluation ? Que faut-il évaluer à chaque moment ? Qui participe à l’évaluation et pour qui est-elle faite ? Comment la réaliser ? Quand la réaliser ? Répondre à ces questions n’est pas trivial et nécessite de considérer des questions technologiques, méthodologiques, politiques, économiques, humaines, culturelles et sociales internes et externes à l’organisation. Ainsi, définir et réaliser l’évaluation des SI requiert la participation conjointe, de chercheurs et de professionnels de l'industrie de différents domaines (informaticiens, ergonomes, gestionnaires, etc.). 

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